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31 May

Algérie : "Maintenir l'élection serait un non-sens"

Publié par RADIO TAN KONNON  - Catégories :  #INTERVIEW

Seuls deux candidats inconnus de nombreux Algériens sont pressentis pour l'élection présidentielle du 4 juillet. Pour Hasni Abidi, politologue, un report est inévitable.

Des Algériens manifestent contre le régime dans les rues d'Alger, le 10 mai 2019. afp.com/-
Des Algériens manifestent contre le régime dans les rues d'Alger, le 10 mai 2019. afp.com/-

En Algérie, deux candidats ont déposé leur dossier en vue de l'élection présidentielle du 4 juillet, qui doit mettre un terme à la présidence par intérim d'Abdelkader Bensalah, successeur d'Abdelaziz Bouteflika et de ses vingt ans de règne. Hamid Touahri, ingénieur en mécanique, et Abdelhakim Hamadi, vétérinaire, n'ont aucune expérience politique. Mais l'un et l'autre espèrent faire valider leur candidature par le Conseil constitutionnel, chargé de les étudier avant le 4 juin.  

Lundi, la presse algérienne a commenté ces dossiers avec beaucoup de scepticisme: il est peu probable que ces "inconnus" obtiennent le nombre requis de signatures d'élus ou d'électeurs. Problème: ces prétendants sont les seuls en lice. Le scrutin présidentiel est compromis, estime Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève. 

L'EXPRESS : Deux candidats ont déposé leur dossier pour l'élection présidentielle du 4 juillet. Qui sont-ils ? 

Hasni Abidi : Il s'agit de deux candidats inconnus des Algériens. Rien de les destinait à devenir candidats à la candidature suprême. Le premier, Hamid Touahri, a échoué à l'élection municipale de 2017, dans sa commune d'El Attaf, à 140km au sud-ouest d'Alger. Le second, Abdelhakim Hamadi, a déjà tenté une incursion sans succès lors des élections présidentielles de 2014. Ils ne sont soutenus par aucune formation politique sérieuse. Leur initiative ressemble à une farce de mauvais goût. 

Que peut-il se passer, alors?  

On n'organise pas une élection aussi importante avec deux candidats qui refusent de s'afficher publiquement. La Constitution algérienne octroie de larges pouvoirs au président élu, et le scrutin présidentiel est le plus important. Il est dès lors improbable de l'organiser en la seule présence des deux candidats déclarés, au risque d'assister à une nouvelle parodie électorale. Maintenir l'élection serait un non-sens. Pire, cela constituerait un passage en force à haut risque. Reporter le scrutin, en revanche, permettrait à l'armée, désormais le seul décideur, de maintenir le statu quo et de tenir face à la rue en s'abritant derrière le respect de la Constitution.  

Les deux prétendants pourraient-ils parvenir à réunir 600 parrainages d'élus ou 60 000 signatures d'électeurs avant le 4 juin, jour de publication de la liste des candidats par le Conseil constitutionnel? 

Non ! Des ténors de la politique algérienne, candidats par le passé, ont échoué à franchir le seuil des signatures. Aujourd'hui, l'ambiance en Algérie n'est pas celle d'une campagne électorale. Comment organiser des meetings, des tournées dans les 48 collectivités publiques territoriales ? Comment financer les campagnes ? Qui va tenir les bureaux de vote ? Avec quels votants ? Je me pose la question quand on sait que les Algériens se mobilisent depuis trois mois pour ne pas assister à une énième mascarade politique. 

Dans l'hypothèse d'un renvoi de l'élection, que prévoit la Constitution algérienne ? 

Nous sommes face à une situation inédite. De tels cas de figure ne sont pas prévus par la Constitution et le Conseil constitutionnel n'est pas habilité à annuler une élection. L'armée se retrouve piégée dans une configuration qu'elle avait elle-même préparée afin d'échapper au "vide constitutionnel". Il aurait été plus sage de s'affranchir d'un texte qui a servi et consolidé l'autoritarisme depuis des décennies. Un simple report du scrutin par le Conseil constitutionnel est une option plausible. Le départ du président par intérim à l'issue de son mandat en juillet ne remettrait pas en cause le fonctionnement des institutions en place. 

En résumé, l'armée dispose d'un répit jusqu'au mois de juillet pour dévoiler sa décision. Rien n'empêche Abdelkader Bensalah de rempiler en vertu de la Constitution. Ce scénario serait idéal du point de vue de l'armée, qui redoute le vide et la surprise. Mais il serait insatisfaisant pour de nombreux Algériens: seule une transition négociée offrirait une issue possible à cette crise sans précédent. [...] La nature de la crise algérienne exige une approche politique sans se couper du référent constitutionnel, prévu par les articles 7 et 8, et fondée sur la souveraineté populaire. Le peuple algérien n'a jamais été aussi proche de reprendre ses droits, mais la transition démocratique a plus peur d'avancer que de reculer. 
 

Propos recueillis par Andy Millet

SOURCE: LEXPRESS.FR

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