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27 Jul

Développement rural: «Vous avez aimé la FIKOM, vous aimerez davantage le SIAEL», assure le promoteur Jean Victor Ouédraogo

Publié par RADIO TAN KONNON  - Catégories :  #INTERVIEW

Jean Victor Ouédraogo, promoteur de la Foire internationale agro-sylvo-pastorale de Komsilga (FIKOM)
Jean Victor Ouédraogo, promoteur de la Foire internationale agro-sylvo-pastorale de Komsilga (FIKOM)

Le Salon international de l’agriculture et de l’élevage de Komsilga (SIAEL-Komsilga) qui va remplacer en 2023, la Foire internationale agro-sylvo-pastorale de Komsilga (FIKOM) au bout de six éditions, va accélérer le processus de professionnalisation des acteurs du monde rural, donner plus de visibilité à toutes les chaines de valeur dans l’agriculture, l’élevage et l’environnement, assuré son promoteur Jean Victor Ouédraogo, par ailleurs secrétaire exécutif de l’Association pour le développement du monde rural (ADMR).

Agence d’information du Burkina(AIB) : Présentez-nous votre structure.

Jean Victor Ouédraogo (JVO) : L’Association pour le développement du monde rural (ADMR) est née du constat que les efforts déployés par nos braves paysans et nos gouvernants méritent d’être appuyés et encouragés par d’autres forces vives de notre pays. Le monde rural burkinabè regroupe plus de 80% de notre population. Nous sommes tous d’une manière ou d’une autre dépendants du monde rural qui produit l’essentiel de ce que nous consommons.

Le monde rural demeure un pilier fondamental de notre développement économique et social. C’est pourquoi, nous avons créé cette association pour apporter notre modeste contribution à la promotion du monde rural. Elle a été reconnue par les autorités compétentes depuis 1997. L’ADMR compte à ce jour plus de 1000 membres composés d’agriculteurs, d’éleveurs, de transformateurs de produits agricoles, de chercheurs, de groupements masculins et féminins, d’environnementalistes, de commerçants, d’ouvriers et de travailleurs des administrations publique et privée, etc. Son siège social est basé dans la commune rurale de Komsilga, dans la province du Kadiogo.

AIB : Qu’est-ce qui vous a motivé à créer la FIKOM ?

JVO : La FIKOM tire son essence de l’objectif fondamental de l’ADMR, c’est-à-dire, la promotion du monde rural en appuyant les acteurs en matière d’équipements, d’intrants agricoles, de protection de l’environnement, et de renforcement des capacités. Aussi, apportons-nous des appuis techniques divers visant à rentabiliser davantage les productions et les transformations en offrant aux producteurs des possibilités de partage d’expériences et de mutualisation des efforts, en créant des espaces d’écoulement des productions, etc. Dès lors, la symbiose se crée avec les acteurs. C’est pourquoi, l’ADMR a pu capter une initiative paysanne d’exposition des productions pour en faire une foire internationale au profit des acteurs du monde rural. La FIKOM permet aux acteurs du monde rural d’échanger sur trois aspects du développement du monde rural à savoir, la production, la transformation et surtout l’épineuse question de l’’écoulement des produits agro-sylvo-pastoraux.

AIB : Quel bilan pouvez-vous faire des éditions passées ?

JVO : D’abord, la foire a grandi d’édition en édition pour offrir beaucoup plus de possibilités aux acteurs du monde rural. Ensuite, les échanges entre les services techniques et les producteurs, d’une part et entre les acteurs des différentes filières, d’autre part, se sont renforcés et ont favorisé des transferts de technologies. Le plus important est la prise de conscience de la jeunesse sur le fait que le secteur agro-sylvo-pastoral offre d’énormes possibilités d’emplois et constitue une alternative au chômage et conduit au développement économique et social du pays. Nous notons avec beaucoup de satisfaction l’intérêt de plus en plus grandissant des autorités du pays pour le développement du monde rural et en faveur de nos initiatives. À la 1ère édition, nous étions à 16 stands et à la 6e édition, plus de 200. Toutes les 13 régions ont toujours été représentées. Des pays comme le Mali, le Niger, la Côte d’Ivoire y ont toujours participé. La diversification remarquée des produits exposés, l’implication du secteur privé dans l’organisation et celle des services techniques des ministères en charge de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement aux différentes éditions sont considérées comme des acquis importants. Pour l’édition 2021, 20 acteurs du monde rural ont vu leurs efforts récompensés dont ceux de la diaspora Burkinabé. Grâce au soutien de nos partenaires, les récompenses ont été de taille à savoir 3 parcelles de 300 mètres carré d’une valeur de 5 millions F CFA chacune. Outre ces récompenses, les lauréats sont repartis avec des trophées, des enveloppes financières, des équipements agricoles. Sur le plan administratif, les ministères en charge du développement rural se sont engagés à décorer les lauréats à chaque édition et dans les différentes catégories. L’Assemblée nationale s’est engagée à accompagner la FIKOM à chaque édition. La mairie de Komsilga a aussi promis un espace qui sera désormais le site de la foire et un terrain qui va accueillir le siège de l’ADMR. Nous invitons les partenaires techniques et financiers du Burkina Faso à accompagner cette initiative qui est une émanation des acteurs du monde rural. C’est devenu un rendez-vous des acteurs du monde rural. Pour la première fois au Burkina, une structure comme l’ADMR, innove en mettant en place une compétition dénommée : « trophées des acteurs du monde rural ». En 2023, nous introduirons des innovations à travers le « Kûuri d’Or », « Kûuri d’argent », « Kûuri de bronze ». Kûuri signifiant daba en langue moré, outil le plus usité dans l’agriculture au Burkina Faso.

AIB : Pourquoi la FIKOM change-t-elle de dénomination ?

JVO : Toute organisation qui se veut ambitieuse est appelée à se donner des moments de pause pour faire un bilan sur le chemin parcouru. Après six éditions, le bilan que nous évoquions tantôt nous a conduit à la nécessité de réajuster certains aspects. Les recommandations des acteurs nous orientent vers un format plus adapté à l’envergure nouvelle que nous voulons donner à la FIKOM. Ainsi, le comité d’organisation après avoir analysé ces recommandations et s’être renseigné sur l’expérience d’autres structures aux missions similaires a-t-elle opté de passer de la FIKOM au Salon international de l’agriculture et de l’élevage de Komsilga (SIAEL-Komsilga). Le SIAEL-Komsilga vise à accélérer le processus de professionnalisation des acteurs du monde rural, donner plus de visibilité à toutes les chaines de valeur dans l’agriculture, l’élevage et l’environnement, mettre en valeur l’interdépendance et susciter la compétitivité entre les différents secteurs socioprofessionnels du monde rural, susciter un partenariat mondial pour le développement du monde rural au regard des risques climatiques et sécuritaires qui se posent à ce monde. Vous avez aimé la FIKOM, vous aimerez davantage le SIAEL. Nous vous donnons Rendez-vous en 2023.

AIB : Quels sont les perspectives pour l’évènement ?

JVO : Pour la mise en œuvre du SIAEL, il y a quatre actions majeures qui s’imposent au secrétariat exécutif de l’ADMR. D’abord, il s’agira de se mettre en règle vis-à-vis de l’administration en acquérant une nouvelle autorisation pour la prochaine édition qui sera une première avec le statut de salon. La deuxième action à mettre en œuvre ensuite, c’est de créer une administration équipée conséquemment pour le salon. Puis la troisième sera de mobiliser le maximum de participants avec un ferme espoir que les crises sécuritaire et sanitaire prendront bientôt fin. Enfin, la quatrième action importante est celle de réussir une connexion entre les lauréats et les décorations lors de la journée nationale du paysan. Nous entrevoyons de faire de l’appui conseil au profit des lauréats en collaboration avec les départements en charge du développement du monde rural.

AIB : Quelles difficultés que vous rencontrez dans l’organisation de la FIKOM ?

JVO : Nous rencontrons des difficultés dans l’organisation. Au nombre de ces difficultés, nous pouvons citer, entre autres, l’insuffisance des soutiens financiers, de la logistique et des moyens roulants. Également, il faut tenir compte de ceux qui « chipent » les idées des autres. La détermination des acteurs permet d’amenuiser les difficultés.

AIB : Qu’attendez-vous de nos dirigeants quand on sait que la question rurale constitue une des priorités des premières autorités du pays?

JVO : L’ADMR attend beaucoup de nos dirigeants actuels. Toute Transition politique doit tracer des sillons pour des prises de décisions importantes et parfois révolutionnaires. Depuis la réforme agraire et foncière, les lois n’ont jamais véritablement sécurisé et la terre et celui qui n’a qu’elle comme richesse c’est-à-dire le paysan. Il faut que les autorités approchent les acteurs du monde rural, les écoutent et prennent avec eux des décisions majeures sous forme de lois et décrets afin que le monde rural survive aux mutations économique, politique, sécuritaire et climatique.

AIB : Il est certain que beaucoup de vos membres sont touchés par l’insécurité et ont dû abandonner leurs terres et leurs principales activités. Que pense faire l’ADMR au profit de ces PDI ?

JVO : En effet, parmi les 1 900 000 PDI que dénombre actuellement le CONASUR, plus de 90 % n’avaient pour métier soit l’agriculture, soit l’élevage ou la transformation des produits forestiers non ligneux. Aujourd’hui, leur avenir est en passe d’être compromis si rien n’est fait pour les accompagner. Nous envisageons un accompagnement des PDI dans le but de les aider à changer de métier mais toujours dans la chaîne de valeurs de l’Agro-sylvo-pastoralisme. Par exemple, on peut aider les hommes et les femmes PDI à se former et à s’équiper pour la transformation des produits locaux ou à faire du jardinage périurbain, ou produire des semences dans des espaces plus réduits négociés auprès des sources locales d’accueil indiquées. Nous sommes en train de réfléchir sur ce programme et souhaitons vivement que les partenaires nous accompagnent dans son élaboration et dans sa mise en œuvre.

AIB : La promotion immobilière est aujourd’hui une question centrale et récurrente. Est-ce qu’elle touche le monde rural ?

JVO : Oui, les promoteurs immobiliers négocient et obtiennent de grands espaces pour réaliser des projets d’habitation. A y regarder de près, l’action des promoteurs immobiliers est à la fois bonne et dangereuse pour l’avenir du monde rural. Bonne parce que, dans le processus irréversible d’urbanisation que nous vivons, les actions d’aménagement menées par ceux-ci sont salutaires car elles assurent une habitation décente et l’accès plus rapide à l’électricité, à l’eau et à l’assainissement.

Elle est dangereuse parce que, dans les communes rurales où se pratique encore l’agriculture, ce sont souvent de bonnes terres qui sont retirées des paysans pour faire des parcelles d’habitation. Et la présence des promoteurs immobiliers suscite une vive spéculation foncière qui accélère la disparition des terres agricoles. Comme je le disais plus haut, il faut que des décisions majeures et stratégiques soient prises pour assurer une urbanisation responsable favorable à la survie des acteurs du monde rural.

AIB : Que pensez-vous de l’agrobusiness ?

JVO : L’agrobusiness est pratiqué de manière anarchique dans notre pays. Ce qui devait être un axe de promotion de l’agriculture moderne, intensive et créatrice d’emplois, est devenu un phénomène d’expropriation des terres des paysans qui n’ont plus de terre pour travailler et n’ont pas d’autres activités pour survivre. Vous constaterez avec moi que les communes périphériques comme Pabré, Koubri, Tanghin-Dassouri, Saaba, Komki Ipala Komsilga, etc. dont les paysans très actifs approvisionnaient Ouaga en produits agricoles, pastoraux et de la forêt ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes en la matière. La cause est que les paysans ont vendu leurs terres aux riches qui y pratiquent le plus souvent des productions de luxe où parfois n’y produisent rien du tout ou encore des productions sentimentalistes. Nous envisageons des actions de plaidoyer afin de créer une symbiose entre les agrobusiness men et les paysans pour que les terres continuent d’être productives au grand bonheur de tous.

Agence d’information du Burkina

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