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RADIO TANKONNON

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Le secrétaire d’État Antony Blinken lors de la publication du rapport 2024 sur la traite des personnes

Publié par RADIO TAN KONNON sur 26 Juin 2024, 13:03pm

Catégories : #ACTUALITE

Monsieur le secrétaire Antony J. Blinken
Monsieur le secrétaire Antony J. Blinken

Département d’État des États-Unis
Antony J. Blinken, secrétaire d’État
Le 24 juin 2024
Allocution

MONSIEUR LE SECRÉTAIRE BLINKEN : Merci. Je vous remercie. Bonjour tout le monde. Nous sommes très heureux de vous accueillir aujourd’hui au département d’État, dans la salle Benjamin Franklin, en particulier avec nos invités d’honneur. Merci à Cindy. À toutes les personnes qui se sont mobilisées :  je suis ravi que nous soyons réunis aujourd’hui.

Le rapport 2024 sur la traite des personnes dresse l’état des lieux complet et objectif de la lutte contre la traite dans 188 pays et territoires, y compris aux États-Unis. Depuis plus de vingt ans, ce rapport documente les tendances émergentes, met en évidence les domaines de progrès et les revers, et recense les initiatives efficaces de lutte contre la traite des êtres humains. Permettez-moi tout d’abord d’exprimer ma gratitude à Madame l’Ambassadrice Dyer et à toute l’équipe. Je tiens également à remercier nos collègues dans nos représentations diplomatiques à travers le monde pour le travail qu’ils ont accompli, qu’il s’agisse de réunir des informations, de rencontrer des représentants des gouvernements hôtes, de faire participer les personnes rescapées de façon à enrichir le rapport et à faire progresser nos travaux.

Comme toujours, notre diplomatie — la diplomatie américaine — fonctionne au mieux lorsqu’elle bénéficie d’un solide soutien bipartite. C’est pourquoi nous sommes également sensibles à la collaboration entre les deux partis au Congrès sur cette question cruciale et, hélas, persistante. Nous remercions également le réseau de consultants spécialisés dans la traite des personnes (Human Trafficking Expert Consultant Network) et le Conseil consultatif des États-Unis, qui veillent à ce que nos politiques soient centrées comme il faut : sur les expériences et les perspectives des personnes rescapées.

Nous sommes honorés d’accueillir aujourd’hui ces 10 héroïnes et héros mentionnés dans le rapport sur la traite, des personnes d’un courage remarquable qui sont le moteur du changement face à des obstacles considérables — souvent au prix de grands risques.

Ces personnes héroïques abordent ce défi chacune à sa manière, mais leurs efforts à tous et à toutes, comme ceux de notre gouvernement, sont ancrés dans une conviction commune — la conviction commune que toute personne a des droits et des libertés fondamentales. La traite bafoue cette conviction commune. Elle sape également la primauté du droit. Elle affaiblit la sécurité des frontières. Elle limite les possibilités économiques des gens. Et si la traite est aussi vieille que l’humanité elle-même, le fait est que ceux qui la pratiquent ne cessent de faire évoluer leurs méthodes.

Le rapport 2024 examine en profondeur l’une de ces pratiques émergentes, à savoir le rôle croissant de la technologie numérique dans la traite des êtres humains, et je vous le recommande pour cette raison parmi beaucoup d’autres. Partout dans le monde, les réseaux de traite ciblent et recrutent des victimes en ligne — par le biais des médias sociaux, des applications de rencontre, des plateformes de jeu. Les trafiquants effectuent leurs transactions financières dans des crypto-monnaies opaques. Ils utilisent le cryptage pour rendre plus difficile la détection de leurs activités ou la vérification des pays où ils opèrent. Et de plus en plus, les trafiquants contraignent leurs victimes à participer à des escroqueries en ligne.

Je vais vous donner un exemple. Des trafiquants ont utilisé de fausses offres d’emploi pour inciter des gens à partir loin de chez eux en leur faisant miroiter des emplois bien rémunérés. En réalité, ils les emmenaient dans un complexe isolé et sous haute surveillance en Birmanie, où ils leur confisquaient leur téléphone. Là, les captifs étaient forcés d’escroquer des gens en ligne, y compris des citoyens américains, en les poussant à investir dans de fausses crypto-monnaies, généralement par le biais d’arnaques sentimentales.

Un rescapé de la traite, un ingénieur chimiste indien, a raconté à un journaliste qu’il avait été enfermé dans une cellule et privé de nourriture jusqu’à ce qu’il accepte de participer aux escroqueries. Cette pratique qui consiste à combiner la traite des personnes et la cyber-escroquerie se révèle de plus en plus courante.

Aujourd’hui, les médias sociaux peuvent renforcer les stéréotypes sur les victimes de la traite, notamment en fonction du sexe, de la race, de l’appartenance ethnique et de la classe sociale, de même que l’idée fausse mais largement répandue selon laquelle la traite ne concerne que les femmes et les filles. Ces idées fausses limitent la capacité des collectivités, des autorités et même des victimes elles-mêmes à reconnaître les abus lorsqu’ils se produisent.

Parallèlement, le rapport de cette année montre que certaines de ces mêmes technologies peuvent être déployées pour lever le voile sur la traite, la désorganiser et renforcer nos moyens d’action contre l’impunité. La société civile et le secteur privé collaborent pour créer et appliquer des outils basés sur l’IA qui détectent les opérations de traite. Voici un autre exemple : Tech Against Trafficking, une coalition composée d’entreprises technologiques réputées et d’ONG spécialisées dans la lutte contre la traite des personnes, met sur pied des initiatives d’apprentissage automatique qui prennent en compte les tendances et les tactiques émergentes en matière de traite. Cela permet aux militants et aux gouvernements de repérer les nouvelles vulnérabilités, de partager ce qu’ils apprennent, de retracer les stratagèmes de traite et de les réprimer de manière plus efficace, tout cela en préservant l’anonymat des victimes.

Par ailleurs, des groupes de la société civile déploient des applications mobiles qui dispensent aux personnes et aux groupes vulnérables des informations sur leurs droits ainsi que sur les salaires et les conditions de travail qu’offrent les potentiels employeurs. D’autres outils numériques permettent aux travailleurs de documenter et de signaler les cas de traite. Le département d’État a aidé un syndicat au Brésil qui représente des millions de travailleurs du secteur du café basés en zone rurale à mettre en place un service d’assistance sur WhatsApp. Les travailleurs peuvent y signaler des abus et obtenir l’aide dont ils ont besoin.

En outre, les gouvernements intègrent la technologie numérique dans leurs mesures de lutte contre la traite des personnes. Le Canada, par exemple, a collaboré avec de grandes institutions financières dans le cadre du projet PROTECT, un partenariat public-privé qui vérifie les transactions suspectes afin de repérer des cas de blanchiment d’argent pouvant provenir de la traite.

La traite des personnes est le parfait exemple d’un problème qu’aucun pays ne peut résoudre à lui seul. Plus que jamais, nous devons collaborer non seulement entre gouvernements, mais aussi avec le secteur privé, la société civile, les organisations multinationales, les citoyens et les survivants qui comprennent la complexité du problème et qui savent comment l’affronter — et ils le savent mieux que quiconque — des survivants comme Al-Amin Noyon.

Après avoir obtenu son diplôme universitaire, il s’est laissé convaincre de quitter son village au Bangladesh par un homme qui lui faisait miroiter miroiter un emploi mieux rémunéré à l’étranger. Les parents d’Al-Amin Noyon ont vendu une grande partie de leurs terres pour couvrir le coût de son passeport et d’autres frais. Mais en fait, il a été emmené dans un pays voisin où, avec d’autres personnes, il était forcé de travailler au défrichage d’une jungle très dense. Ils n’ont jamais été payés. Personne n’était autorisé à partir. « Quand on était fatigué ou qu’on refusait de travailler, on nous battait », raconte Al-Amin Noyon.

Il a travaillé dans ces conditions brutales pendant sept mois, jusqu’à ce que d’autres captifs et lui entreprennent une dangereuse échappée. Au final, Al-Amin Noyon est parvenu à rejoindre l’ambassade du Bangladesh, puis à rentrer chez lui.

Mais son histoire ne s’arrête pas là. Après sa fuite, Al-Amin Noyon a décidé de se consacrer à l’aide aux victimes de la traite. Il a déclaré, je cite : « J’ai fait de mes cicatrices ma force. » Des années plus tard, des milliers de personnes — des milliers — ont retrouvé leur liberté grâce à son action.

Aujourd’hui, nous rendons hommage à Al-Amin Noyon, l’un de nos héros du rapport sur la traite des personnes. Son histoire témoigne de l’extraordinaire résilience des survivants de tout ce qu’ils apportent à ce mouvement collectif.

Bon, je tenais à vous présenter le rapport, mais je vais surtout m’éclipser à présent pour que vous puissiez apprécier et applaudir les personnes extraordinaires qui se trouvent à nos côtés sur cette scène — nos héros et héroïnes du rapport sur la traite des personnes. À eux, et à vous tous ici présents qui êtes investis dans cette mission vitale : merci mille fois.

Cindy, la parole est à vous. (Applaudissements)

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