New York, États-Unis — La situation sécuritaire en Afrique de l’Ouest et au Sahel continue de se détériorer, marquée par une expansion inquiétante des groupes terroristes affiliés à l’État islamique, a averti Vladimir Voronkov, chef du Bureau des Nations Unies de la lutte contre le terrorisme, lors d’une session du Conseil de sécurité de l'ONU, ce jeudi. Devant les représentants des États Membres, il a décrit un paysage terroriste en constante évolution, où les violences et l'instabilité ne cessent de croître, menaçant non seulement la région mais aussi la sécurité globale.
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Une expansion continue des groupes affiliés à Daech
Depuis plusieurs années, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel sont le théâtre d’une prolifération de groupes terroristes qui exploitent les vulnérabilités politiques, économiques et sociales pour étendre leur influence. Parmi ces groupes, la province ouest-africaine de l’État islamique (ISWAP) et l’État islamique dans le Grand Sahel (ISGS) se distinguent par leur capacité à s’adapter aux dynamiques locales tout en consolidant leur emprise sur de vastes territoires. Ces groupes, affiliés à Daech, ont intensifié leurs opérations, semant la terreur et provoquant des déplacements massifs de populations civiles.
« Le paysage terroriste en Afrique de l’Ouest et au Sahel reste difficile et complexe », a souligné Vladimir Voronkov. « Les groupes terroristes ont continué de s’étendre au Sahel et de faire de nombreuses victimes, ce qui compromet la stabilité régionale. » Loin de se limiter à des actes de violence isolés, ces groupes cherchent à imposer leur idéologie extrémiste, exploitant le vide laissé par des États fragiles et des gouvernances défaillantes.
La région du Sahel, vaste et difficile à contrôler, est devenue un terrain fertile pour ces organisations. L’ISGS, opérant principalement au Mali, au Niger, et au Burkina Faso, ainsi que l’ISWAP, actif au Nigéria et dans le bassin du Lac Tchad, ont réussi à établir des zones d’opérations stables où ils mènent des attaques meurtrières contre les forces de sécurité et les civils. La multiplication des attaques a non seulement aggravé la crise humanitaire mais a aussi désarticulé les structures étatiques, rendant toute tentative de développement ou de stabilisation pratiquement impossible.
La menace globale de l'EIIL et les répercussions internationales
Alors que ces groupes renforcent leur présence en Afrique, les répercussions de leur expansion ne se limitent pas à la région. Voronkov a averti que la menace posée par l’État islamique en Irak et au Levant-Khorasan (EIIL-K), une branche active en Afghanistan, pourrait entraîner une augmentation des niveaux de menace en Europe. Ce groupe est désormais considéré comme « la plus grande menace terroriste extérieure pour le continent ». Le risque que des combattants étrangers formés en Afghanistan puissent retourner en Europe pour perpétrer des attaques est une préoccupation majeure pour les services de sécurité des pays européens.
Vladimir Voronkov a également mis en garde contre le danger que l’Afghanistan ne redevienne un foyer du terrorisme mondial. « Nous devons nous unir pour empêcher l’Afghanistan de redevenir un foyer du terrorisme », a-t-il exhorté. Cette déclaration met en lumière les interconnexions entre les foyers de terrorisme à travers le monde, soulignant la nécessité d’une réponse internationale coordonnée pour contenir et éradiquer cette menace.
Coopération internationale et stratégies globales : une nécessité impérieuse
Face à une menace d’une telle envergure, la coopération internationale apparaît plus que jamais essentielle. Voronkov a rappelé que le Bureau de lutte contre le terrorisme de l’ONU a apporté son soutien au gouvernement nigérian dans l’organisation d’une réunion africaine de haut niveau sur la lutte contre le terrorisme, qui s’est tenue à Abuja en avril. Cet événement a permis de rassembler des acteurs clés de la région pour discuter des stratégies de lutte contre l’expansion de Daech en Afrique de l’Ouest et au Sahel.
Cependant, Vladimir Voronkov a été clair : la coopération seule ne suffira pas. Il a insisté sur la nécessité de développer des « réponses globales et fermement ancrées dans des stratégies politiques » pour lutter efficacement contre le terrorisme. Selon lui, ces stratégies doivent s'attaquer aux « facteurs multiformes du terrorisme et de l’extrémisme violent qui conduisent au terrorisme », et ce, tout en respectant pleinement le droit international des droits de l’homme et le droit humanitaire.
Natalia Gherman, Directrice exécutive de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme, a également pris la parole pour souligner l’impact dévastateur des groupes affiliés à Daech en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. « Les actes de ces groupes ont provoqué de larges déplacements de populations », a-t-elle rappelé. L’instabilité générée par ces déplacements massifs entrave les efforts de développement et exacerbe les tensions ethniques et sociales, créant ainsi un terreau favorable à la radicalisation.
Avancées et défis dans la lutte contre Daech
Malgré ce tableau sombre, Natalia Gherman a noté quelques avancées significatives au cours des six derniers mois. Parmi celles-ci, le rapatriement par dix États Membres d’enfants et de quelques adultes qui résidaient dans des camps du nord-est de la Syrie figure en bonne place. Ce rapatriement témoigne de la volonté de la communauté internationale de prendre en charge les victimes du terrorisme, tout en désamorçant les potentiels foyers de radicalisation.
En outre, Gherman a insisté sur l'importance de soutenir les victimes de Daech, y compris celles affectées par la violence sexuelle et sexiste. Ce soutien est essentiel non seulement pour répondre aux besoins immédiats des victimes, mais aussi pour renforcer la résilience des communautés affectées et prévenir la propagation de l’idéologie terroriste.
Vers une réponse plus inclusive et respectueuse des droits humains
Dans cette lutte contre le terrorisme, il est crucial que les réponses des États ne se limitent pas à des mesures sécuritaires. Une approche plus inclusive, qui prend en compte les causes profondes du terrorisme telles que la pauvreté, l’exclusion sociale, et l’absence de perspectives pour les jeunes, est nécessaire. Les réponses doivent également être élaborées dans le respect des droits humains, afin de ne pas engendrer de nouvelles injustices susceptibles de nourrir le cycle de la violence.
La réunion du Conseil de sécurité de ce jeudi a été un rappel poignant des défis que pose le terrorisme en Afrique de l’Ouest et au Sahel, mais elle a aussi montré la détermination de la communauté internationale à s'unir pour y faire face. La route est encore longue, mais avec une coopération renforcée, des stratégies globales et une attention constante aux droits humains, il est possible de contenir et, à terme, de vaincre cette menace qui pèse sur la sécurité mondiale.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon