Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du Groupe des 77 et la Chine, organisée en marge de la 79e Assemblée générale des Nations Unies, le Burkina Faso a réaffirmé avec force la nécessité urgente d’une réforme profonde de l’architecture financière internationale. Cette réforme, jugée « prioritaire » par Ouagadougou, vise à renforcer la voix des pays en développement au sein des institutions financières mondiales. Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a saisi cette tribune pour exposer les défis croissants auxquels sont confrontés ces États dans la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD), soulignant l’importance d’une gouvernance mondiale plus inclusive et plus équitable.
Un contexte mondial marqué par des crises multiples
Dans un monde de plus en plus affecté par des crises plurielles — qu'elles soient économiques, environnementales, sanitaires ou géopolitiques —, les défis de financement pour le développement durable se posent avec acuité pour les pays du Sud global. La pandémie de COVID-19, les changements climatiques, les conflits armés et la montée des inégalités globales ont révélé, et parfois exacerbé, les faiblesses structurelles du système financier international. Ces faiblesses, qui touchent de manière disproportionnée les pays en développement, freinent leur capacité à accéder aux financements nécessaires pour atteindre les ODD, objectifs cruciaux fixés à l’horizon 2030.
Pour le chef de la diplomatie burkinabè, cette situation appelle à une réponse concertée et immédiate. Selon Karamoko Jean Marie Traoré, « il serait bénéfique de renforcer la représentativité des pays en développement au sein des institutions financières internationales. Cette évolution est essentielle pour restaurer la confiance dans le système multilatéral ». Une réforme de la gouvernance économique mondiale devient donc indispensable afin de garantir une plus grande équité dans l’allocation des ressources et dans la prise de décisions économiques qui impactent directement les pays les plus vulnérables.
L'urgence d'une réforme de la gouvernance mondiale
L’appel du Burkina Faso pour une réforme en profondeur de l’architecture financière internationale s’inscrit dans une longue lutte menée par les pays en développement pour une meilleure prise en compte de leurs spécificités et de leurs besoins dans le cadre des politiques économiques mondiales. Depuis plusieurs décennies, les institutions financières internationales, telles que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, sont critiquées pour leur manque de représentativité et d’inclusivité, les pays en développement se trouvant souvent sous-représentés dans les instances décisionnelles.
Le Burkina Faso, comme d’autres membres du Groupe des 77, plaide pour une refonte de ces institutions, afin qu’elles reflètent mieux la diversité du monde actuel et qu’elles soient capables d’offrir des solutions adaptées aux réalités locales. Le ministre Traoré a ainsi souligné la nécessité de réformer ces institutions « pour promouvoir un ordre mondial plus équitable, de sorte à ne laisser personne de côté ».
Cette réforme vise à accorder une voix plus forte aux pays du Sud global dans les décisions stratégiques mondiales, afin qu’ils puissent jouer un rôle plus actif dans la gouvernance mondiale et bénéficier des fruits de la mondialisation. Elle constitue un levier indispensable pour favoriser un développement inclusif et durable, en accord avec les ambitions des ODD.
Mobilisation accrue des ressources et financements favorables
Outre la question de la gouvernance mondiale, le ministre Traoré a mis l’accent sur l’importance de la mobilisation des ressources pour le financement du développement durable. « Dans ce sens, les banques multilatérales doivent accroître leur capacité à offrir des financements favorables aux pays en développement », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité pour ces institutions d’adapter leurs mécanismes financiers afin de mieux soutenir les États du Sud dans leur quête de transformation socio-économique.
Le financement du développement reste l’un des principaux défis pour les pays en développement, souvent confrontés à des conditions de financement peu avantageuses, voire inaccessibles. C’est pourquoi le Burkina Faso propose une utilisation stratégique des Droits de Tirage Spéciaux (DTS) pour renforcer la stabilité financière mondiale et fournir aux économies vulnérables des outils supplémentaires pour répondre aux crises.
Les DTS, créés par le FMI, représentent un instrument essentiel pour atténuer les chocs financiers mondiaux. Cependant, leur répartition actuelle profite principalement aux pays les plus riches, laissant de nombreux pays en développement dans une situation de précarité financière. Le Burkina Faso appelle donc à une redistribution plus équitable de ces droits afin qu’ils puissent bénéficier pleinement aux économies qui en ont le plus besoin, en particulier dans le cadre de la réalisation des ODD.
Action climatique et gestion de la dette : des priorités incontournables
La crise climatique, qui frappe de plein fouet les pays en développement, a également été au centre des discussions. Le Burkina Faso, pays particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique, a réitéré son appel à un financement accru de l’action climatique, en particulier pour les pays les plus exposés aux catastrophes naturelles.
Selon le ministre Traoré, le financement climatique doit être révisé et renforcé pour permettre aux pays en développement de mettre en œuvre des politiques d’adaptation et d’atténuation efficaces. Cette question est d’autant plus cruciale que les pays du Sud global sont souvent les moins responsables des émissions de gaz à effet de serre, tout en étant les plus touchés par les conséquences du réchauffement climatique. « Le financement de l’action climatique devrait être accru et orienté prioritairement vers les pays en développement qui sont les plus vulnérables », a insisté le ministre.
De plus, la question de la dette a été au centre des débats. Pour de nombreux pays en développement, la gestion de la dette publique constitue un fardeau qui compromet leurs capacités d’investissement dans le développement durable. Le Burkina Faso a ainsi plaidé pour une consolidation des mécanismes internationaux de gestion de la dette, afin de prévenir les crises d’endettement et d’offrir des allègements en cas de besoin. Une restructuration adéquate de la dette pourrait libérer des ressources indispensables pour le financement des ODD et pour la lutte contre la pauvreté.
Lutte contre les flux financiers illicites et coopération internationale
Dans son discours, le chef de la diplomatie burkinabè a également appelé à une intensification de la lutte contre les flux financiers illicites, qui privent les pays en développement de ressources financières précieuses. L’évasion fiscale, la corruption et le blanchiment d’argent constituent autant de freins au développement, contribuant à aggraver les inégalités économiques et sociales.
« La lutte contre les flux financiers illicites doit être intensifiée », a affirmé Karamoko Jean Marie Traoré. Pour cela, le Burkina Faso appelle à un renforcement de la coopération internationale, afin de mettre en place des mécanismes plus efficaces pour lutter contre ces pratiques. Seule une coopération renforcée permettra de combattre ces fléaux de manière coordonnée et efficace, et de garantir que les ressources mobilisées pour le développement restent dans les pays qui en ont le plus besoin.
Un appel à l’unité et à la solidarité au sein du Groupe des 77
En conclusion, le Burkina Faso a réaffirmé sa conviction qu’une réforme de la gouvernance mondiale est indispensable pour permettre aux pays en développement de bénéficier pleinement de la mondialisation. Le ministre Traoré a appelé à une intensification de la coopération au sein du Groupe des 77 pour promouvoir un ordre mondial plus juste et plus inclusif.
Créé en 1964, le Groupe des 77, qui compte aujourd’hui 134 États membres issus majoritairement du Sud global, constitue une plateforme essentielle pour la défense des intérêts économiques et politiques des pays en développement aux Nations Unies. Sous la présidence de l’Ouganda en 2024, le Burkina Faso a tenu à exprimer sa gratitude envers ce leadership exemplaire et a réitéré son engagement à travailler de concert avec les autres membres pour la promotion d’un monde plus équitable.
Alors que le monde fait face à des défis sans précédent, le Burkina Faso appelle à une réforme radicale de l’architecture financière internationale, dans l’espoir de bâtir un système multilatéral capable de répondre aux aspirations des pays en développement et de garantir un avenir prospère pour tous, sans laisser personne de côté.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon