Le 24 septembre 2024, la ville de Bobo-Dioulasso, cœur historique de la production cotonnière au Burkina Faso, a accueilli un atelier d’information crucial sur le processus de retour à la culture du coton génétiquement modifié (CGM). Organisé par l’Association Interprofessionnelle du Coton du Burkina Faso (AICB) en collaboration avec l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA), cet atelier s’est tenu dans un contexte marqué par une réflexion profonde sur l’avenir de la filière cotonnière burkinabè, autrefois pionnière en Afrique dans l’adoption du CGM.
Contexte et justification : un retour anticipé, mais prudent
Le Burkina Faso, premier pays africain à avoir adopté la culture du coton génétiquement modifié en 2008, avait suspendu cette expérience en 2016 après des résultats décevants, principalement dus à une dégradation de la qualité de la fibre de coton Bt. Entre 2008 et 2015, la culture du coton transgénique avait été perçue comme une solution prometteuse face à la résistance croissante des parasites aux traitements phytosanitaires classiques.
En partenariat avec Monsanto, la filière avait expérimenté cette innovation technologique pour lutter contre certains Lépidoptères nuisibles, tels qu’Helicoverpa armigera, tout en espérant une réduction des coûts de production et un impact environnemental atténué grâce à la diminution des traitements insecticides.
Toutefois, malgré les espoirs initiaux, la fibre de coton Bt s’est révélée de qualité inférieure à celle du coton conventionnel, avec notamment un raccourcissement de sa longueur et une moindre résistance. Ces faiblesses ont entraîné la perte du label de qualité du coton burkinabè, affectant sérieusement la compétitivité de la filière sur le marché international.
Après de nombreuses concertations avec Monsanto, la production commerciale du CGM a été suspendue à partir de la campagne 2016/2017, le temps de revoir les variétés utilisées et d’envisager une reprise éventuelle de cette technologie avec des variétés améliorées.
Cependant, la situation phytosanitaire actuelle, marquée par l’émergence de nouveaux parasites non contrôlés par le gène Bollgard II (MON15985), dont notamment les jassides (Amrasca biguttula), pousse aujourd’hui les acteurs de la filière à réévaluer la faisabilité d’un retour à la culture du CGM.
Les défis sont nombreux, mais l’intérêt pour une technologie capable de mieux protéger les cultures et d’augmenter la productivité reste vif, d’où l’organisation de cet atelier destiné à informer et à échanger sur les avancées et perspectives de ce processus.
Un atelier stratégique pour une filière cotonnière en quête de compétitivité
Cet atelier a réuni plusieurs acteurs clés de la filière coton burkinabè, notamment les producteurs représentés par l’Union Nationale des Producteurs de Coton du Burkina Faso (UNPCB), les chercheurs du Programme coton de l’INERA, les directeurs et techniciens des trois grandes sociétés cotonnières nationales, ainsi que des représentants du gouvernement et des experts en biosécurité. L’objectif central de cette rencontre était d’informer les producteurs sur le processus en cours pour un retour à la culture du CGM, tout en s’assurant que les besoins de chaque acteur, de la production à la commercialisation, soient pris en compte.
« Le retour à la culture du coton génétiquement modifié est une question de survie pour la filière cotonnière burkinabè, mais elle doit se faire dans des conditions qui garantissent à la fois la qualité de la fibre et la rentabilité économique pour les producteurs », a déclaré Dr Boubacar Traoré, directeur du Programme coton de l’INERA, dans son intervention liminaire.
Les défis d’un retour complexe : entre améliorations technologiques et besoins du marché
L’un des points saillants de cet atelier a été la présentation des avancées scientifiques réalisées depuis la suspension de la culture du coton Bt en 2016. Depuis cette date, des recherches intensives ont été menées pour développer de nouvelles variétés de coton CGM adaptées au contexte burkinabè, à la fois résistantes aux parasites et capables de produire une fibre de qualité supérieure. Ces efforts ont été réalisés en collaboration avec des firmes biotechnologiques telles que Bayer, successeur de Monsanto, et avec le soutien de l’Agence Nationale de Biosécurité.
Néanmoins, l’une des difficultés majeures demeure l’émergence de nouveaux ravageurs, tels que les acariens et les piqueurs-suceurs. Les experts présents à l’atelier ont insisté sur la nécessité de développer des variétés de CGM intégrant une protection contre l’ensemble des parasites du cotonnier, tout en maintenant un haut niveau de qualité pour la fibre.
« Il ne s’agit pas seulement de revenir à la culture du CGM, mais de le faire de manière responsable, avec une technologie qui répond à toutes les préoccupations de la filière, qu’elles soient phytosanitaires, économiques ou environnementales », a souligné Mamadou Coulibaly, directeur général de la Société Burkinabè des Fibres Textiles (SOFITEX), la principale société cotonnière du pays.
Les attentes des producteurs : une inclusion nécessaire dans le processus de décision
Les responsables des organisations de producteurs présents à l’atelier ont également exprimé leurs attentes et leurs préoccupations quant au retour du CGM. Si l’amélioration de la productivité reste un enjeu majeur, ils insistent également sur la nécessité de prendre en compte les leçons du passé pour éviter les erreurs commises lors de la première introduction du coton transgénique.
Les producteurs, représentés par l’UNPCB, ont appelé à une démarche plus inclusive et transparente, avec une plus grande participation des organisations paysannes dans le processus de décision. « Nous devons nous assurer que les futures variétés de CGM soient testées non seulement en laboratoire, mais aussi sur le terrain, dans les conditions réelles de production », a insisté Alassane Traoré, président de l’UNPCB. « C’est à ce prix que nous pourrons garantir un retour réussi et durable de cette technologie. »
Avantages et inconvénients du CGM : une évaluation comparative nécessaire
L’atelier a également permis de discuter des avantages et des inconvénients d’un retour au coton génétiquement modifié. Parmi les avantages, le CGM est perçu comme une solution efficace pour réduire l’usage des insecticides, diminuer les coûts de production et améliorer la compétitivité des producteurs sur les marchés internationaux. Toutefois, les inconvénients ne sont pas négligeables, notamment en ce qui concerne les risques pour la qualité de la fibre et les incertitudes liées à la biosécurité.
Les experts de l’INERA ont présenté une analyse comparative des différentes technologies disponibles, en mettant en avant la nécessité de choisir des variétés de coton Bt hybrides capables de répondre aux nouveaux défis phytosanitaires sans compromettre la qualité du produit final. La recherche est en cours pour identifier des solutions biotechnologiques plus robustes, qui permettraient de mieux protéger les cultures tout en conservant les caractéristiques spécifiques du coton burkinabè.
Perspectives et conclusion : vers un retour consensuel et durable du CGM
L’atelier s’est conclu par un appel à une coopération renforcée entre les différents acteurs de la filière, avec pour objectif de tracer une feuille de route claire pour le retour à la culture du CGM au Burkina Faso. Les discussions ont permis d’identifier plusieurs pistes de réflexion, notamment la nécessité de poursuivre les recherches pour développer des variétés de CGM adaptées aux réalités locales, tout en assurant une meilleure coordination entre les producteurs, les chercheurs et les firmes biotechnologiques.
« Ce retour à la culture du coton génétiquement modifié ne peut réussir que s’il est le fruit d’une collaboration étroite entre tous les acteurs impliqués, et s’il prend en compte les erreurs du passé », a conclu Alassane Traoré. « Nous devons faire preuve de prudence, mais aussi de détermination, pour garantir la pérennité de la filière coton burkinabè. »
Ainsi, cet atelier a marqué une étape importante dans le long processus de réintroduction du CGM au Burkina Faso, en offrant aux producteurs et aux techniciens l’opportunité de mieux comprendre les enjeux, les défis et les perspectives liés à cette technologie.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon