OUAGADOUGOU, 24 MAI 2025 - La capitale burkinabè est le théâtre d’un bras de fer discret mais déterminé entre la légalité et l’improvisation foncière. Ce jeudi 22 mai 2025, l’Office national du contrôle des aménagements et des constructions (ONC-AC) a intensifié ses opérations de sensibilisation dans les quartiers Larlé et Hamdalaye, dénonçant avec fermeté l’occupation illégale de parcelles à usage d’habitation transformées en magasins commerciaux. Sous un soleil implacable et au milieu des ruelles animées de ces quartiers populaires, le message était clair : l’ordre urbain doit être rétabli.
Une opération coup de poing pour un mal enraciné
« Ce n’est pas une guerre contre les petits commerçants, mais une bataille pour l’intérêt collectif », a martelé Yacouba Siko, directeur général de l’ONC-AC, devant les habitants regroupés à l’ombre d’un vieux baobab à Larlé. L’homme, droit dans ses bottes, n’a pas mâché ses mots : les constructions anarchiques de magasins sur des parcelles d’habitation représentent non seulement une violation manifeste du code de l’urbanisme, mais également une menace réelle pour la sécurité publique.
« Ces bâtiments sont souvent érigés sans permis, sans respect des normes techniques, sans aucun plan d’évacuation. Que se passe-t-il si un incendie s’y déclare ? Ou si des produits inflammables y sont stockés à l’insu de tous ? », interroge M. Siko avec gravité. Il insiste sur un point : la permissivité urbaine ne saurait être le masque d’une impunité foncière.
Des quartiers historiques en mutation incontrôlée
Les quartiers Larlé et Hamdalaye, autrefois zones d’habitation paisibles, connaissent aujourd’hui une transformation urbaine fulgurante. Là où s’élevaient des concessions familiales, poussent désormais de longues rangées de magasins, souvent sans autorisation. Cette mutation incontrôlée, encouragée par l’appât du gain foncier et la spéculation informelle, bouleverse l’équilibre social, congestionne les voies d’accès, et compromet la qualité de vie des résidents.
Selon des données internes de l’ONC-AC, près de 30 % des constructions commerciales dans ces quartiers seraient illégales ou non conformes. Une proportion alarmante qui justifie la fermeté des autorités. « Ce que l’on tolère aujourd’hui comme un simple commerce peut devenir demain un foyer d’insécurité », avertit encore Yacouba Siko.
Sécurité nationale et économie informelle : un fragile équilibre
Le point le plus préoccupant reste toutefois la dimension sécuritaire. Pour le directeur de l’ONC-AC, il est impossible d’ignorer que ces magasins peuvent, à leur insu ou par complicité, devenir des caches pour des produits illicites, des armes, ou même des individus recherchés. « Il ne s’agit pas d’une fiction. Dans un pays confronté à la menace terroriste, toute zone grise est une faille exploitable. »
Cette réalité renforce la légitimité d’une action ferme. Mais elle met aussi en lumière un paradoxe douloureux : l’économie informelle, vitale pour des milliers de familles, est aussi celle qui génère ces constructions sauvages. D’où la nécessité d’un dialogue équilibré, où la légalité ne devient pas synonyme de répression aveugle.
Une première phase pédagogique avant les sanctions
Le ton de la campagne est volontairement pédagogique. Affiches explicatives, réunions de cour, interventions dans les mosquées et émissions radiophoniques : l’ONC-AC veut éviter les ruptures brutales. « Nous avons choisi la voie de la sensibilisation en premier lieu. Mais à la suite, des mises en demeure seront émises, et si elles ne sont pas suivies d’effet, la démolition s’imposera. Nous allons nous assumer pleinement », affirme M. Siko avec une autorité sans ambiguïté.
Cette stratégie a été globalement bien reçue par les populations locales, lassées de voir leur environnement défiguré. Ousmane Ouédraogo, porte-parole de la brigade anti-magasin de la cellule inter-zone de Larlé, ne cache pas son soulagement :
« Trop, c’est trop. Nous espérons que cette fois, les autorités iront jusqu’au bout. La démolition de ces magasins illégaux serait un signal fort. Aucun bailleur, aussi puissant soit-il, ne devrait être au-dessus de la loi. »
Les attentes d’une population en quête d’équité
Dans les ruelles de Larlé comme dans les artères plus animées d’Hamdalaye, les habitants oscillent entre espoir et scepticisme. Tous gardent en mémoire des opérations similaires annoncées avec fracas mais restées sans lendemain. Cette fois, ils veulent y croire. « Que la loi soit la même pour tous », murmure une vieille dame en boubou, devant sa cour cernée par des hangars construits en tôle.
Au-delà des sanctions, les habitants réclament des solutions durables. Ils demandent que les jeunes commerçants soient redirigés vers des zones d’activités économiques bien aménagées. Que les spéculateurs fonciers soient identifiés et poursuivis. Et que la justice fasse son œuvre là où des complices administratifs ont permis des constructions interdites.
Vers une nouvelle culture de la légalité urbaine
La campagne lancée par l’ONC-AC marque peut-être le début d’une nouvelle ère dans la gestion urbaine à Ouagadougou. Une ère où l’intérêt général primerait enfin sur les arrangements particuliers. Mais le chemin reste semé d’embûches. Il faudra du courage politique, de la constance administrative, et une implication citoyenne de tous les instants pour qu’émerge une culture de l’aménagement durable.
L’urbanisme n’est pas seulement une affaire de plans et de règles. C’est un choix de société. Un choix entre la ville désorganisée et la cité du vivre-ensemble. Ce jeudi 22 mai, à Larlé et Hamdalaye, c’est peut-être ce choix-là que les autorités ont commencé à faire.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon