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RADIO TANKONNON

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Cameroun : Paul Biya, le dernier chef de guerre

Publié par RADIO TAN KONNON sur 28 Juin 2025, 08:26am

Catégories : #ANALYSE

Comme un vieux chef de clan procédant à la revue de ses guerriers, Paul Biya a assisté au traditionnel défilé militaire de la Fête de l’unité. C’était la 42ᵉ fois qu’il présidait cette cérémonie en tant que chef de l’État. Le moment est devenu un rituel. Mais cette année, plus encore qu’aux précédentes éditions, le message était limpide : à 91 ans, Paul Biya entend rester le maître des horloges… et des armes.

Cameroun : Paul Biya, le dernier chef de guerre
Cameroun : Paul Biya, le dernier chef de guerre

L’homme fort du Cameroun, au pouvoir depuis 1982, n’a rien laissé au hasard. Chaque posture, chaque geste, chaque regard en direction de l’armée a été scruté comme un acte politique. Dans un pays où les équilibres de pouvoir reposent en grande partie sur la loyauté – ou la neutralité – des forces de sécurité, le chef de l’État a voulu réaffirmer, sous l’uniforme feutré du président, qu’il demeure avant tout le commandant suprême.

L’unité par les armes

Dans un contexte régional tendu, marqué par l’instabilité chronique du bassin du lac Tchad, la pression séparatiste anglophone et les soubresauts des transitions militaires en Afrique centrale et de l’Ouest, le Cameroun affiche une étonnante continuité : un président vieillissant, mais solidement campé sur l’échiquier du pouvoir, et une armée dont la structure, très hiérarchisée et personnalisée, obéit encore à une logique de loyauté pyramidale.

La Fête nationale du 20 mai, célébrée avec faste à Yaoundé, devient chaque année une démonstration de force autant qu’une mise en scène savamment orchestrée d’un ordre politique centré sur la figure présidentielle. Depuis la tentative de putsch avortée du 6 avril 1984, Paul Biya n’a jamais relâché son emprise sur les leviers sécuritaires de l’État.

Anatomie d’un verrouillage - Quatre cercles, un seul centre.

Le système sécuritaire camerounais s’organise comme une nébuleuse à plusieurs strates, mais dont toutes les lignes convergent vers un même centre de gravité : Paul Biya lui-même. Yves Plumey Bobo et Mathieu Olivier, dans une enquête conjointe remarquée cette semaine, en dressent la cartographie complète. L’on y distingue quatre grandes typologies d’acteurs.

1. Les étoilés du palais

Ils sont les gardiens immédiats du président. Le général de brigade Emmanuel Amougou, chef d’état-major particulier du chef de l’État, incarne cette proximité. Discret mais omniprésent, il est le filtre par lequel transitent toutes les informations sensibles. À ses côtés, le général Ivo Desancio Yenwo, chef de la sécurité présidentielle, veille sur la personne du président avec une fidélité sans faille. Ces hommes ne sont pas simplement des officiers : ils sont les sentinelles du régime.

2. Les patrons du terrain

Ce sont les hommes des opérations, ceux qui tiennent la « rue ». Le général René Claude Meka, chef d’état-major des armées depuis 2001, détient un record de longévité à la tête de l’appareil militaire. Il incarne une stabilité quasi monarchique. À ses côtés, le colonel François Pelene dirige le très redouté Bataillon d’intervention rapide (BIR), unité d’élite formée et équipée pour répondre à toutes les menaces, des incursions djihadistes aux manifestations internes. Le BIR est souvent considéré comme une armée dans l’armée, directement rattachée à la présidence.

3. Les chefs des « services »

C’est dans cette catégorie que brille la figure presque mythologique de Martin Mbarga Nguélé. À 93 ans, le délégué général à la Sûreté nationale est l’un des plus anciens hauts fonctionnaires du pays en exercice. Il dirige une administration tentaculaire, mêlant renseignement intérieur, police judiciaire, contrôle de la population et surveillance des mouvements politiques. Son rôle va bien au-delà du maintien de l’ordre : il est l’œil intérieur du régime.

4. Les sécurocrates du gouvernement

Ils sont les hommes de confiance au sein de l’exécutif. Joseph Beti Assomo, ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, et Paul Atanga Nji, ministre de l’Administration territoriale, forment un tandem redoutablement efficace dans la gestion du pouvoir territorial et de la discipline administrative. Ce sont les interlocuteurs directs des préfets, gouverneurs et chefs de région. Leur mission : garantir que l’appareil d’État reste aligné sur la ligne du palais.

Une armée personnalisée

L’une des caractéristiques essentielles du système Biya est la personnalisation extrême de la chaîne de commandement. Les promotions, les affectations, les nominations et même les décorations passent par le cabinet civil de la présidence. Ce n’est pas tant la loi que la confiance qui guide les carrières.

Cette architecture verrouillée permet au président de maîtriser toutes les dynamiques internes, de prévenir les dissensions, et d’éviter les scissions dans l’armée. Mais elle a un coût : l’usure des institutions, le vieillissement des cadres, et l’absence d’une relève clairement identifiée.

Un système à bout de souffle ?

La longévité de ce système ne garantit pas sa pérennité. La santé du président, bien que soigneusement dissimulée par une communication millimétrée, reste un sujet d’interrogation. Et dans les cercles diplomatiques comme dans les casernes, une question revient sans cesse : que se passera-t-il le jour où Paul Biya ne sera plus là ?

Pour l’heure, aucun dauphin officiel, aucune transition programmée. Le régime avance en pilotage automatique, porté par une loyauté verticale et un appareil sécuritaire surdimensionné. Mais l’Histoire a souvent montré que les systèmes trop rigides finissent par se briser.

L’opposition muselée

Face à cette machine de guerre institutionnelle, l’opposition peine à exister. Fragmentée, infiltrée, parfois même neutralisée par des procédés extralégaux, elle évolue dans un champ politique miné. Les rares voix discordantes sont rapidement réduites au silence, quand elles ne sont pas contraintes à l’exil ou aux retraites prématurées.

Quant à la société civile, elle observe avec résignation les dynamiques d’un pouvoir qui semble fonctionner en vase clos, à mille lieues des préoccupations quotidiennes d’une jeunesse en quête d’avenir et d’une population de plus en plus appauvrie.

Un équilibre précaire

Le système sécuritaire camerounais, bien que robuste en apparence, repose sur un équilibre précaire : un homme, une loyauté, une peur du vide. Paul Biya, en vieux stratège, sait que la stabilité du pays repose en grande partie sur la perception de sa propre invincibilité.

Mais l’Histoire, elle, ne se plie jamais longtemps aux volontés individuelles. À mesure que le temps passe, le Cameroun se rapproche d’un moment de vérité. La question n’est plus de savoir si une transition aura lieu. Elle est désormais de savoir comment, par qui, et surtout à quel prix.

En résumé :

- Paul Biya réaffirme son contrôle absolu sur l’armée à 91 ans.

- Le système sécuritaire repose sur quatre cercles d’acteurs totalement dévoués.

- L’opposition reste marginalisée et sans prise sur l’appareil d’État.

L’avenir du Cameroun reste suspendu à la capacité de ce système à survivre à son créateur.

Un pouvoir fort… mais fragile.

Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon 

 

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