Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

RADIO TANKONNON

RADIO TANKONNON

Toujours plus proche de vous.


Crise diplomatique ouverte entre Ouagadougou et Abidjan après la mort suspecte d’Alino Faso : le Burkina Faso rejette la thèse du suicide et exige la vérité

Publié par RADIO TAN KONNON sur 29 Juillet 2025, 09:28am

Catégories : #ACTUALITE

Une onde de choc parcourt l’Afrique de l’Ouest. Moins de vingt-quatre heures après l’annonce officielle, par le Parquet d’Abidjan, du décès en détention d’Alain Christophe Traoré, alias Alino Faso, le ton est monté d’un cran entre la République de Côte d’Ivoire et le Burkina Faso.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Karamoko Jean Marie Traoré
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Karamoko Jean Marie Traoré

Dans la soirée du lundi 28 juillet, au journal télévisé de 20 heures de la RTB, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement burkinabè, Gilbert Ouédraogo, a lu une déclaration solennelle d’une rare fermeté. Le Gouvernement du Burkina Faso rejette catégoriquement la thèse du suicide avancée par les autorités judiciaires ivoiriennes et dénonce un « déni de justice », évoquant même un « assassinat crapuleux » dissimulé sous une communication confuse et tardive.

Ce développement dramatique fait désormais basculer une affaire judiciaire sensible en crise diplomatique ouverte, mettant à l’épreuve la coopération entre les deux États.

Un silence brisé par l’indignation

« Consternation », « profonde indignation », « gestion ténébreuse », « barbarie d’un autre âge » : les mots du gouvernement burkinabè n’ont laissé place à aucune ambiguïté. Par la voix de son ministre de la Communication, le Burkina Faso accuse directement les autorités ivoiriennes d’avoir failli à leurs obligations de transparence, tant vis-à-vis de la famille du défunt que des représentations diplomatiques.

« Ni la famille de Alain Traoré, ni son avocat, ni l’Ambassade du Burkina Faso en Côte d’Ivoire n’ont été avisés de ce qui est présenté comme un suicide », souligne le communiqué gouvernemental, qualifiant ce silence prolongé de « tentative manifeste de tronquer les faits ».

Pire encore, le Gouvernement burkinabè affirme avoir appris la mort de son ressortissant par voie de presse et réseaux sociaux, avant que la Chargée d’affaires de l’Ambassade de Côte d’Ivoire à Ouagadougou, convoquée en urgence, ne confirme formellement le décès.

Une dénonciation frontale : détention arbitraire et exécution déguisée ?

Le cœur de l’accusation burkinabè repose sur une remise en cause totale de la version ivoirienne : l’idée d’un suicide par pendaison dans une école de gendarmerie hautement surveillée est rejetée comme inacceptable et invraisemblable.

Le ministre Ouédraogo s’indigne :

« Le Gouvernement s’étonne que le drame se soit produit dans une école de gendarmerie, plus de six mois après l’interpellation d’Alino Faso, sans procès ni jugement. »

Il ajoute que cette détention prolongée, en dehors d’un établissement pénitentiaire classique, viole les principes du droit international, et trahit l’illusion d’un État de droit pourtant revendiqué par les autorités ivoiriennes.

La coïncidence troublante entre la date du décès (le 24 juillet) et la publication officielle tardive (le 27 juillet) nourrit davantage le soupçon d’une mise en scène macabre, destinée à gagner du temps, voire à maquiller un crime. En cela, le Gouvernement burkinabè rejoint les voix de plus en plus nombreuses au sein de la société civile, qui exigent une enquête indépendante et internationale sur les circonstances exactes de cette mort en détention.

Une figure burkinabè controversée, devenue enjeu régional

Alino Faso n’était pas un citoyen ordinaire. Ancien consultant en stratégie sécuritaire, blogueur activiste, figure influente des mouvements diasporiques, il était devenu, aux yeux de beaucoup, un lanceur d’alerte dérangeant, à la frontière de la politique, de l’espionnage et de l’agit-prop.

Arrêté en janvier 2025 en Côte d’Ivoire, il faisait l’objet d’une série d’accusations lourdes : complot contre l’État, intelligence avec une puissance étrangère, espionnage, diffusion de fausses nouvelles, et collecte d’informations sensibles liées à la sécurité nationale.

Des chefs d’accusation que ses proches avaient toujours dénoncés comme infondés et motivés politiquement, voire instrumentalisés pour le faire taire.

Son décès, à quelques semaines de la fin de l’instruction, alimente désormais la thèse d’un silencement politique, maquillé en suicide. Une hypothèse que le gouvernement burkinabè épouse désormais officiellement.

Une exigence immédiate : rapatriement du corps et justice

Dans sa déclaration, le Burkina Faso exige avec fermeté le rapatriement immédiat du corps d’Alino Faso, afin de permettre à sa famille et à la nation entière de lui rendre les hommages qu’il mérite. Le Gouvernement insiste également sur la nécessité d’une autopsie indépendante, réalisée en dehors du territoire ivoirien.

« La mort de Alino Faso ne restera pas impunie », avertit le communiqué.

Ce langage de fermeté traduit une volonté politique claire : transformer le drame en affaire d’État, et placer les autorités ivoiriennes face à leurs responsabilités, tant sur le plan moral que juridique.

Entre émotion populaire et tension diplomatique

Le gouvernement burkinabè dit avoir pris la mesure de l’émotion intense suscitée par cette tragédie au sein de la population, au sein de la diaspora et parmi les défenseurs des droits humains. Il appelle toutefois au calme et à la retenue, tout en réaffirmant sa détermination à obtenir « la manifestation totale de la vérité ».

Sur les réseaux sociaux, les réactions sont massives. Le mot-dièse

#JusticePourAlino est désormais en tête des tendances dans plusieurs pays francophones. Des appels à des veillées citoyennes, à Ouagadougou comme à Bobo-Dioulasso, ont été lancés pour les prochains jours.

Quelles suites pour Abidjan?

En Côte d’Ivoire, les autorités sont pour l’heure restées silencieuses depuis la déclaration du Burkina Faso. Le gouvernement ivoirien devra désormais choisir entre le dialogue, l’ouverture d’une enquête internationale, ou le maintien d’une ligne de défense stricte, qui risque d’être difficile à soutenir face à la pression croissante.

La question est désormais sur toutes les lèvres : l’affaire Alino Faso va-t-elle fracturer durablement les relations entre Ouagadougou et Abidjan ? Peut-elle, au-delà, relancer le débat régional sur les dérives sécuritaires, les détentions arbitraires, et les libertés fondamentales en Afrique de l’Ouest ?

Une chose est certaine : le dossier est loin d’être clos. Et le fantôme d’Alino Faso, figure controversée devenue martyr politique, pourrait bien hanter longtemps encore les chancelleries et les consciences africaines.

Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents