Ouagadougou, 18 juillet 2025 – Dans une salle sobre mais pleine de tension académique et d’espoir, le Laboratoire de mathématiques et d'informatique (LAMI) de l’Université Joseph Ki-Zerbo a levé, ce jeudi après-midi, le voile sur une innovation technologique d’une portée majeure pour la capitale burkinabè : un logiciel de prévision des inondations, entièrement développé par des chercheurs locaux. L’outil, en phase finale de validation, permettrait de prévoir avec un taux de précision de 91 % les risques d’inondation à Ouagadougou, en s’appuyant sur les plus récentes avancées en apprentissage automatique, couplées à une collecte rigoureuse de données environnementales locales.
Un enjeu vital pour la capitale burkinabè
Dans une ville comme Ouagadougou, où les fortes précipitations transforment fréquemment les rues en torrents dévastateurs, chaque saison pluvieuse s’accompagne de son lot de désastres humains, matériels et sanitaires. Habitations effondrées, routes impraticables, pertes en vies humaines, déplacements de populations : les inondations y constituent une menace récurrente, que ni la croissance urbaine ni les politiques publiques n’ont encore su maîtriser durablement.
C’est dans ce contexte que le LAMI, une unité mixte de recherche intégrant mathématiciens et informaticiens de haut niveau, a décidé de mettre la science au service de la résilience urbaine. La présentation de leur logiciel ce jeudi sonne ainsi comme une réponse concrète, endogène et technologiquement crédible face à une problématique nationale.
Une démonstration convaincante
Lors de la séance de démonstration, Tanguy Kaboré, doctorant affilié à l’Université Norbert Zongo de Koudougou et l’un des principaux concepteurs de l’outil, a assuré la restitution des travaux. Il a expliqué que le logiciel s’appuie sur une approche intégrée, combinant des données météorologiques, hydrologiques, topographiques et géologiques propres à la ville de Ouagadougou.
« C’est un logiciel intelligent, formé pour apprendre à partir des événements passés. Chaque épisode pluvieux, chaque zone d’inondation, chaque configuration du sol a été prise en compte pour entraîner le système », a-t-il détaillé devant un auditoire composé de chercheurs, d’étudiants et de représentants de la société civile.
À travers des modélisations en temps réel, les participants ont pu observer la façon dont le logiciel projette les zones les plus vulnérables aux crues, en fonction de l’intensité des pluies prévues, de la saturation des sols et des courbes de niveau du terrain.
Une technologie de pointe adaptée au contexte local
Le professeur Stanislas Ouaro, ancien ministre de l’Éducation nationale et aujourd’hui membre actif du LAMI, a salué la pertinence scientifique et pratique de l’outil, tout en insistant sur sa valeur ajoutée pour les décideurs. « C’est un outil d’aide à la prise de décisions, car les catastrophes naturelles ne s’improvisent pas. Cette technologie permettra d’anticiper, de planifier les évacuations, de déployer les secours de manière plus rationnelle et d’éviter de nombreuses pertes », a-t-il déclaré.
Ce logiciel, dont le développement a mobilisé cinq mois de travail intensif, repose sur des technologies d’intelligence artificielle supervisée, notamment des algorithmes d’analyse prédictive, capables de générer des alertes précises en fonction de données météorologiques en temps réel.
Sa conception a exigé un investissement estimé à 43 millions de francs CFA, dont 3 millions dédiés à la maintenance annuelle. Un coût qui, au regard des enjeux, reste modeste, notamment au vu des potentielles économies humaines et matérielles qu’il pourrait engendrer.
Une ambition nationale à portée continentale
Interrogés sur la suite du projet, les chercheurs du LAMI affirment que l’outil pourrait être déployé dans d’autres villes du Burkina Faso, pourvu que des données locales précises soient disponibles. Bobo-Dioulasso, Koudougou, Ouahigouya et même certaines localités riveraines du Mouhoun ou du Nakambé figurent parmi les prochaines cibles potentielles.
Au-delà des frontières nationales, le laboratoire envisage également une coopération scientifique régionale, en partenariat avec d’autres centres de recherche de la sous-région sahélienne confrontés à des défis similaires. « C’est une technologie 100 % africaine, développée par des Africains, pour répondre aux problèmes africains. Elle a donc vocation à être partagée », a souligné le Pr Ouaro.
Le LAMI, une pépinière d’expertise au service du développement
Fondé autour d’une vision de recherche appliquée au service du progrès social, le Laboratoire de mathématiques et d’informatique s’impose progressivement comme un pôle d’excellence scientifique au Burkina Faso. Il joue un rôle actif dans la formation des étudiants de master et de doctorat, tout en multipliant les publications et les participations à des colloques internationaux.
En valorisant les compétences nationales, le laboratoire contribue à redéfinir la place de la science dans le développement du pays, en démontrant qu’innovation, rigueur scientifique et engagement civique peuvent converger pour proposer des solutions tangibles aux défis du quotidien.
Vers une intégration institutionnelle de l’outil
Pour l’heure, le logiciel reste en phase d’expérimentation avancée. Mais déjà, les responsables du LAMI appellent à une collaboration active avec les autorités municipales, les services de la protection civile et le ministère de l’Environnement, afin d’intégrer ce dispositif dans les mécanismes nationaux de gestion des risques.
À terme, une plateforme interactive pourrait être mise à disposition du public, avec des cartes d’alerte, des niveaux de vigilance et des recommandations en temps réel. Car au-delà de l’innovation, la prévention des catastrophes naturelles repose aussi sur l’implication citoyenne et la circulation de l’information.
Une leçon à méditer : avec un peu de vision, de méthode et de moyens, la science africaine peut offrir des réponses précieuses aux maux qui la frappent.
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