Ouagadougou, 12 septembre 2025 – Après trois jours d’intenses travaux, les États généraux de la décentralisation ont pris fin ce vendredi à Ouagadougou, sous la présidence du ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Émile Zerbo. Placée sous le thème « Quelle décentralisation pour un développement local et une meilleure contribution à la sécurisation du territoire », cette rencontre nationale a réuni 181 participants, issus de l’ensemble des institutions républicaines, des collectivités territoriales, de la société civile, du monde universitaire, ainsi que des autorités coutumières, religieuses, des jeunes et des femmes.
La cérémonie de clôture s’est déroulée en présence du gouverneur de la région du Centre, Abdoulaye Bassinga, du secrétaire général du ministère et président du comité d’organisation, Saïdou Sankara, ainsi que de plusieurs personnalités de haut rang.
Trois jours de réflexion pour repenser la gouvernance locale
Du 10 au 12 septembre 2025, les États généraux ont constitué un espace de dialogue et de réflexion collective sur les acquis et les insuffisances du processus de décentralisation entamé depuis plusieurs décennies au Burkina Faso.
Les gouverneurs des régions, qui avaient conduit des consultations régionales préalables du 25 au 27 août, ont également pris part aux assises. Leur présence a permis de garantir une représentation nationale équilibrée et d’intégrer les réalités territoriales dans les discussions.
Dans son discours de clôture, le ministre Émile Zerbo, s’exprimant au nom du Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a salué la qualité des échanges :
« Vous avez fait preuve de sens de responsabilité, de patriotisme et de dialogue. Les recommandations qui en ressortent marquent une étape décisive dans notre dynamique de refondation. Elles traduisent une volonté collective de bâtir un modèle de gouvernance locale plus légitime, plus efficace et plus inclusif, adapté aux réalités socio-culturelles et sécuritaires de notre pays. »
Il a assuré que le gouvernement jouera « pleinement sa partition » pour mettre en œuvre les conclusions issues des travaux.
Des recommandations fortes et ambitieuses
Les réflexions ont donné naissance à des recommandations structurantes, touchant plusieurs domaines clés :
1. L’articulation institutionnelle et le transfert de compétences
Les participants ont proposé de :
- - Renforcer le rôle des chefs de circonscriptions administratives,
- - Responsabiliser davantage les préfets,
- - Mettre en place des contrats d’objectifs entre l’État et les présidents de collectivités,
- - Accorder plus d’autonomie aux arrondissements,
- - Réviser le périmètre des compétences transférées afin de mieux l’adapter aux capacités locales.
2. La gouvernance locale et la démocratie participative
Parmi les recommandations phares figurent :
- - Diversifier la composition des conseils de collectivités, en ouvrant les sièges à d’autres acteurs que les partis politiques,
- - Créer une commission permanente “sécurité et défense civile”,
- - Élargir la légitimité démocratique en instaurant l’élection directe des présidents de conseils de collectivités,
- - Renforcer la redevabilité par des outils novateurs tels que les jurys citoyens et le budget participatif.
3. La fonction publique territoriale
Concernant la gestion des ressources humaines locales, les participants ont recommandé de :
- - Confier le recrutement des agents des collectivités aux structures nationales compétentes,
- - Mettre en place un outil unique de gestion des carrières, garantissant équité et transparence.
4. Le financement de la décentralisation
Le financement est apparu comme le nerf de la guerre. Les propositions ont insisté sur :
- - La digitalisation du recouvrement des taxes et impôts,
- - La mutualisation des services de recouvrement pour plus d’efficacité,
- - L’accroissement de la part de fiscalité reversée aux collectivités,
- - Une meilleure implication de la diaspora dans le financement local,
- - Le renforcement du rôle de l’Agence nationale d’appui au développement des collectivités territoriales (ADCT).
Les participants ont aussi souligné la nécessité de garantir la régularité et la prévisibilité des transferts financiers de l’État, afin de permettre aux collectivités de planifier et exécuter leurs projets avec sérénité.
Une dynamique nationale en marche
Pour le secrétaire général du ministère, Saïdou Sankara, la forte mobilisation des acteurs, malgré l’ampleur des défis, témoigne d’un engagement collectif pour refonder la gouvernance locale :
« Les résultats issus des États généraux, enrichis par les consultations régionales, serviront de socle à un plan national de réforme de la décentralisation, qui sera élaboré par le gouvernement en concertation avec toutes les parties prenantes. »
Cette démarche progressive vise à ancrer la décentralisation dans une logique de développement endogène, mais aussi de sécurisation du territoire, au moment où le pays fait face à de nombreux défis.
Une étape décisive pour le Burkina Faso
En clôturant ces assises, le ministre Émile Zerbo a appelé à la mobilisation de tous pour transformer les recommandations en actes concrets :
« Nous avons désormais une feuille de route claire. La balle est dans notre camp. Le gouvernement, les collectivités et les citoyens doivent travailler main dans la main pour construire une décentralisation qui soit véritablement un levier de développement et un instrument de paix. »
Les États généraux de la décentralisation 2025 resteront ainsi comme un moment charnière, marquant la volonté d’un pays de réinventer sa gouvernance locale pour répondre aux impératifs de développement et de sécurité.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon