Il est un peu plus de 17 heures lorsque nous pénétrons dans Yopougon Port-Bouët 2. Le soleil décline lentement, mais l’activité, elle, ne faiblit pas. Aux carrefours, devant certains kiosques, à l’ombre d’un mur décrépi, des groupes se forment, se dispersent, se reforment. Les habitants regardent, parlent à voix basse, puis se taisent. Ici, le trafic de drogue n’est plus un secret. Il fait partie du décor. Visible. Persistant. Inquiétant.
Une présence qui saute aux yeux
À mesure que l’on avance dans les ruelles, les langues se délient prudemment. Personne ne souhaite apparaître à visage découvert. La peur des représailles est dans tous les esprits.
Un riverain accepte de nous parler, à condition de rester anonyme. Il désigne du menton un coin de rue animé.
« Vous voyez ? Ça se passe là, tous les jours. Tout le monde le sait. »
Quelques mètres plus loin, des adolescents passent, cartables au dos. Les scènes cohabitent. École et stupéfiants. Innocence et tentation.
Le commerce de la banalité
Les témoignages convergent : la vente se ferait à toute heure. Les transactions seraient rapides, presque mécaniques. Certains vendeurs seraient connus de tous.
Ce qui frappe surtout les habitants, c’est la disparition progressive de la discrétion.
« Avant, ils se cachaient. Aujourd’hui, ils s’installent comme s’ils étaient chez eux », raconte une commerçante.
Quand la peur s’installe dans les foyers
Au fil des discussions, un mot revient sans cesse : peur.
- Peur de protester.
- Peur d’être identifié.
- Peur pour les enfants.
Devant une maison basse, une mère observe les allées et venues. Elle serre les bras, comme pour retenir une inquiétude trop lourde.
« On surveille nos enfants tout le temps. On ne peut plus les laisser sortir comme avant. »
Pour de nombreux parents, la rue est devenue un espace imprévisible.
Des réseaux qui s’étendent
Plusieurs habitants affirment que certains trafiquants viendraient d’autres quartiers et auraient progressivement pris position dans différentes zones stratégiques.
Les sites occupés se multiplieraient. Les départs seraient aussitôt remplacés. Une mécanique bien rodée qui donne le sentiment d’un phénomène difficile à enrayer.
« Même quand ils partent, ils reviennent. Ou d’autres arrivent », souffle un jeune homme.
Le risque d’une génération perdue
À proximité d’un terrain vague, un groupe d’enfants joue au ballon. Les rires fusent. Mais à quelques dizaines de mètres, les adultes observent avec appréhension.
Le contraste est brutal.
« Il suffit d’un mauvais chemin, d’une mauvaise fréquentation… et tout peut basculer », prévient un habitant.
La crainte de voir la jeunesse happée par la consommation ou le petit trafic hante les conversations.
Attente d’une réponse forte
Tous saluent les interventions déjà menées par les autorités. Mais sur place, beaucoup estiment que la bataille doit changer d’échelle.
Ils parlent d’actions continues, de présence visible, de démantèlement durable des filières.
« Nous voulons simplement vivre tranquilles chez nous », résume un notable du quartier.
Briser le silence
À Port-Bouët 2, la parole commence à circuler. Lentement. Prudemment. Mais elle circule. Les habitants refusent que la résignation s’installe.
Ils disent aimer leur quartier. Ils veulent le préserver.
Et derrière chaque témoignage, une même conviction émerge : protéger les enfants, c’est protéger l’avenir.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon