La décision judiciaire a provoqué une onde de choc dans le paysage politique mauritanien. Deux députées de l’opposition ont été condamnées, lundi, à quatre ans de prison par un tribunal de Nouakchott, ravivant les inquiétudes quant à la liberté d’expression et à l’état des droits humains en Mauritanie.
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Les parlementaires Marieme Cheikh Dieng et Ghamou Achour avaient été poursuivies pour « atteinte aux symboles de l’État » et « incitation à des rassemblements en vue de porter atteinte à la sécurité publique ». En cause : plusieurs publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles elles critiquaient ouvertement le président Mohamed Ould Ghazouani et dénonçaient des discriminations à caractère racial au sein des institutions.
Dans leurs prises de position, les deux élues appelaient à la destitution du chef de l’État et mettaient en cause un système judiciaire qu’elles accusent d’être dominé par des élites arabo-berbères, au détriment des citoyens noirs et des descendants d’esclaves. Des propos qui ont rapidement conduit à leur inculpation, puis à leur condamnation.
Le verdict, confirmé par leurs avocats — dont Mohamed Ould Ahmed Miske — intervient dans un contexte où les critiques internationales sur la situation des droits humains en Mauritanie restent persistantes. Le gouvernement, pour sa part, n’a pas officiellement réagi à cette décision, laissant place à de nombreuses interrogations sur ses implications politiques.
Au cœur de cette affaire, une question structurelle continue de hanter le pays : celle de l’héritage de l’esclavage. Si la Mauritanie a officiellement aboli cette pratique en 1981 — une abolition tardive à l’échelle mondiale — plusieurs organisations de défense des droits humains estiment qu’elle subsiste sous des formes modernes. Selon l’Indice mondial de l’esclavage 2023, environ 149 000 personnes seraient encore concernées, dans un pays de moins de cinq millions d’habitants.
Dans ce contexte, la condamnation des deux députées est perçue par certains comme un signal préoccupant. Biram Dah Abeid, figure emblématique de la lutte abolitionniste et leader de la coalition « Initiative pour la renaissance du mouvement abolitionniste », a dénoncé un procès « politiquement motivé ». Lors d’une conférence de presse, il a qualifié les parlementaires de « combattantes sincères contre l’injustice », saluant leur engagement malgré les risques encourus.
Les deux élues appartiennent à cette coalition, qui, bien que non reconnue officiellement comme parti politique, s’est alliée à des formations enregistrées, notamment le parti Sawab, pour participer aux échéances électorales.
Au-delà de leur cas individuel, cette affaire met en lumière les tensions profondes qui traversent la société mauritanienne, entre aspirations démocratiques, revendications identitaires et héritages historiques non résolus. Elle pose, avec acuité, la question de l’équilibre entre autorité de l’État et liberté d’expression dans un pays encore en quête de réconciliation avec son passé.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon