En Ouganda, un projet de loi en cours d’examen suscite une vive controverse, tant sur le plan politique qu’économique. Baptisé « projet de loi sur la protection de la souveraineté », ce texte entend encadrer strictement les influences étrangères dans les affaires nationales. Mais derrière cette ambition affichée, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une menace directe contre les libertés publiques.
Au cœur des inquiétudes figure l’introduction de la notion d’« agent étranger », une terminologie déjà utilisée en Russiepour restreindre l’action des opposants et des organisations indépendantes. Selon les dispositions envisagées, toute personne ou entité agissant « dans l’intérêt d’un étranger » contre celui de l’Ouganda pourrait être lourdement sanctionnée. Le texte prévoit des peines pouvant atteindre jusqu’à vingt ans de prison.
Plus préoccupant encore, toute réception de financements en provenance de l’étranger pourrait entraîner cette qualification d’« agent étranger ». Une telle mesure inquiète particulièrement les organisations de la société civile et les ONG internationales, dont Human Rights Watch, qui y voient une tentative manifeste de réduire au silence les voix critiques.
Le projet va plus loin en introduisant une disposition particulièrement controversée : les citoyens ougandais vivant à l’étranger pourraient eux-mêmes être assimilés à des « étrangers ». Une interprétation qui alarme les défenseurs des droits humains, mais également les acteurs économiques, en raison de son impact potentiel sur les transferts de fonds — essentiels pour de nombreuses familles.
Au sein même de l’appareil étatique, des réserves émergent. L’ancien ministre Mwesigwa Rukutana appelle à une révision en profondeur du texte, voire à son abandon pur et simple. Du côté des juristes, l’indignation est tout aussi forte : l’avocate Agather Atuhaire qualifie le projet d’« absurde », estimant qu’il pourrait fragiliser durablement l’équilibre économique du pays.
Les inquiétudes sont également relayées par les milieux financiers. Le gouverneur de la banque centrale, Michael Atingi-Ego, met en garde contre un risque de recul significatif des progrès économiques accomplis ces dernières décennies. L’Association des banquiers d’Ouganda alerte, pour sa part, sur les conséquences d’une disposition limitant à 107 000 dollars les transferts entrants sans autorisation gouvernementale préalable — une restriction susceptible de décourager les investissements étrangers.
Face à la montée de la contestation, le président Yoweri Museveni a tenté d’apaiser les tensions. S’il se dit disposé à ajuster certaines dispositions afin de préserver les flux de capitaux, il demeure ferme sur le principe : celui de limiter l’influence étrangère dans les affaires politiques nationales.
Le texte doit prochainement être examiné par le Parlement, où la majorité présidentielle pourrait en faciliter l’adoption. Toutefois, la mobilisation croissante des acteurs de la société civile, des économistes et d’une partie de la classe politique laisse présager un débat intense autour d’un projet de loi aux implications profondes pour l’avenir démocratique et économique de l’Ouganda.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon