La tension diplomatique s’intensifie dans la Corne de l’Afrique. Le gouvernement du Soudan a officiellement accusé l’Éthiopie d’être à l’origine de récentes frappes de drones visant plusieurs sites stratégiques, dont l’aéroport de Khartoum. En réaction, les autorités soudanaises ont annoncé le rappel de leur ambassadeur, marquant une nouvelle étape dans la dégradation des relations bilatérales.
Lors d’une conférence de presse, le porte-parole militaire, le général de brigade Asim Awad Abdelwahab, a affirmé que des éléments probants établissaient un lien direct entre quatre attaques de drones survenues depuis le 1er mars et l’aéroport de Bahir Dar, en territoire éthiopien. Selon lui, l’analyse technique d’un drone intercepté après avoir pénétré l’espace aérien soudanais en direction d’El-Obeid, dans l’État du Kordofan, aurait révélé une provenance liée aux Émirats arabes unis, accusés d’avoir fourni l’équipement.
« Nous ne cherchons aucune confrontation, mais toute agression appellera une riposte », a déclaré le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohi al-Din Salem, soulignant la gravité des accusations portées.
Ces développements interviennent dans le contexte d’un conflit interne particulièrement meurtrier, opposant depuis avril 2023 l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR). Initialement concentrés sur la prise de contrôle de la capitale, les affrontements ont évolué vers une guerre asymétrique, marquée par une utilisation croissante de drones, notamment dans les États du Kordofan et du Nil Bleu.
De longue date, Khartoum accuse les Émirats arabes unis de soutenir les FSR. Des experts des Nations unies et plusieurs organisations de défense des droits humains ont également évoqué des transferts d’armes présumés, accusations systématiquement rejetées par Abou Dhabi.
La dernière attaque en date, survenue lundi, a visé l’aéroport de Khartoum, infrastructure clé dont la réouverture progressive, l’an dernier, symbolisait un fragile retour à la normalité. Selon l’Organisation internationale pour les migrations, près de quatre millions de personnes avaient commencé à regagner la capitale et ses environs. Cette dynamique est aujourd’hui menacée par la reprise des hostilités dans des zones jusque-là relativement épargnées.
Les violences récentes ont également touché des zones civiles. Samedi, une frappe de drone à Omdurman, ville jumelle de Khartoum, a coûté la vie à cinq personnes à bord d’un bus. Le lendemain, une autre attaque dans l’État d’Al Jazirah a visé des proches d’un commandant des Forces du Bouclier soudanais, groupe allié à l’armée, illustrant l’extension du conflit et la multiplication des cibles.
Le bilan humain de cette guerre reste difficile à établir avec précision. Selon Armed Conflict Location & Event Data, au moins 59 000 personnes auraient été tuées. Toutefois, les organisations humanitaires estiment que ce chiffre pourrait être largement sous-évalué, en raison des difficultés d’accès aux zones de combat dans ce vaste territoire.
Au-delà des pertes humaines, cette escalade révèle une internationalisation croissante du conflit soudanais, où rivalités régionales et intérêts stratégiques se mêlent à une guerre civile déjà dévastatrice. Dans ce contexte, les accusations portées contre l’Éthiopie et les Émirats arabes unis pourraient ouvrir un nouveau front diplomatique, aux conséquences potentiellement lourdes pour la stabilité de la région.
Saidicus Leberger
Pour Radio Tankonnon